21 décembre 2025

Il y a quelques jours, je suis tombée sur mes vieux cahiers de dessin. Le dessin le plus ancien date d’il y a environ huit ans, j’étais alors âgée de seize ans. Le plus récent date d’il y a un peu plus d’un an. Une constante : les traits inquiets. J’ai toujours dessiné comme ça : à coups de crayon irréguliers, dessinés d’une main instable, tremblante, souvent moite. Quand je finissais – ou abandonnais – mes dessins, j’étais toujours étonnée de voir à quel point mes traits étaient peu lisses. C’est que, inconsciemment, je floutais ma vision lorsque je dessinais. Je m’en étais rendu compte assez tard dans ma vie – assez tard pour pouvoir changer cette tendance, j’entends. Un jour, je me suis forcée à dessiner correctement. Je voulais qu’on voie mes dessins et qu’on se dise que j’avais une image claire et distincte, et que je l’avais retranscrite proprement. Mais je suis fondamentalement une crasseuse dans ma façon de faire, donc le résultat était artificiel, donc hideux. J’ai compris ça un jour autour de mes vingt ans peut-être, qu’une œuvre hypocrite, malhonnête, était vouée à la laideur. Alors j’ai essayé de dire la vérité, celle de mon regard, avec mes dessins. Puis aussi avec mon écriture.

L’écriture et le dessin sont des activités extrêmement douloureuses pour moi. Dans mon enfance, je dessinais et écrivais par pur désir de performance. Je voulais faire les plus beaux dessins et les plus beaux écrits. Je voulais être celle qui sait bien écrire et bien dessiner. Je voulais qu’on regarde ce que je faisais et qu’on dise : vingt sur vingt. Je ne sais pas quand les choses ont changé, ou si les choses ont tant changé. Je crois qu’à un moment vers mes seize ans, j’ai compris que je n’avais plus les moyens de bien faire. Je voyais mes dessins et j’avais honte, parce que je savais qu’ils n’allaient impressionner personne, surtout à mon âge. Quant à l’écriture, je n’y avais entretenu un rapport que par le biais de mon journal intime, où j’écrivais pour cracher puis oublier. Il s’avère aussi qu’à l’époque, j’étais beaucoup soumise au silence – faute d’interlocuteurs. C’est là que j’ai commencé à produire pour m’exprimer. Je faisais enfin de vrais dessins. Des autoportraits, des dessins de femmes moches comme moi, des dessins gores, obscènes et fantasmatiques. Le genre de choses qu’on ne peut faire que dans la frustration – et mon style inquiet s’y prêtait à merveille.

Aujourd’hui je ne dessine plus. Et plus le temps passe, plus les mains oublient comment faire. J’ai essayé de dessiner il y a une semaine et j’ai eu honte. C’est encore pire pour l’écriture. Cette activité est impure depuis mes dix-sept ans. Maintenant, je pose ma plume sur une feuille comme l’on poserait un bistouri sur une âme pour la disséquer. Les choses ne se font pas naturellement, elles passent par la violence et les larmes. Ici même, je pleure. Voici mes larmes, noir sur blanc.